Une étude pour décrypter les causes profondes d’un défi persistant et proposer des solutions chiffrées pour renforcer la riposte nationale.
Malgré des progrès notables dans la lutte contre le VIH/Sida, le Mali fait face à un défi de taille : le phénomène des patients « perdus de vue ». Selon les dernières estimations, sur environ 113 350 Personnes Vivant avec le VIH (PVVIH) en 2023, seulement 50% avaient effectivement accès au traitement antirétroviral (ARV). Cette rupture dans le parcours de soins compromet les efforts nationaux et affecte la qualité de vie des patients. C’est pour répondre à cette problématique urgente que le Cabinet Africa Synergy Group (ASG), en collaboration avec la Cellule Sectorielle de Lutte contre le VIH, la Tuberculose et les Hépatites Virales et Plan International Mali, a dirigé une étude cruciale visant à analyser les causes profondes de ces abandons de traitement.
Une collecte de données d’envergure nationale
Du 12 au 14 août 2025, Africa Synergy Group Plus a organisé à ACI 2000, Bamako, une session intensive de formation de trois jours pour l’ensemble des personnels de collecte. Cette formation a permis de standardiser les outils et les procédures pour l’ensemble des équipes sur le terrain. Au total, 29 enquêteurs ont été mobilisés et organisés en équipes par région et par site. L’opération a été supervisée par un superviseur régional dans chaque zone, appuyé par des équipes de niveau national pour une coordination sans faille. La phase de collecte des données de cette étude s’est déroulée du 18 août au 04 septembre 2025 dans sept régions du Mali : Bamako, Kayes, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti et Tombouctou. Pour garantir la rigueur et l’exhaustivité des informations, une approche méthodologique mixte, quantitative et qualitative, a été déployée
Volet quantitatif
19 enquêteurs ont procédé à un dépouillement exhaustif des dossiers médicaux. Au total, 6 459 dossiers de nouvelles inclusions enregistrées en 2022 ont été analysés sur 70 sites de prise en charge, un chiffre bien supérieur aux prévisions initiales grâce à une organisation optimisée. Chaque enquêteur était équipé d’une tablette Android utilisant la plateforme CAPI « Survey Solutions » de la Banque mondiale, garantissant une saisie rapide et sécurisée des données.
Volet qualitatif
10 enquêteurs ont mené des Entretiens Individuels Approfondis (EIA) et des Focus Groups (FG) afin de recueillir les témoignages et les expériences vécues par les patients et le personnel soignant. Cette approche est essentielle pour comprendre les barrières psychosociales, économiques et logistiques à la rétention dans les soins.
Flexibilité et adaptation face aux défis opérationnels
La mise en œuvre de l’étude n’a pas été sans défis. Certains sites initialement prévus dans l’échantillon n’ont pu être visités en raison de contraintes contextuelles, notamment l’insécurité, l’hivernage et les restrictions d’accès dans certaines zones de garnison. « En concertation étroite avec la Cellule Sectorielle de Lutte contre le VIH, nous avons identifié et visité des sites de remplacement », explique un responsable de l’étude chez Africa Synergy Group. « Cette réorganisation, menée dans le strict respect de la méthodologie d’échantillonnage, nous a permis de combler les écarts et, surtout, de garantir l’atteinte de la taille d’échantillon nécessaire pour une analyse robuste et représentative. »
Objectif final : Une réponse nationale plus efficace
L’objectif global de cette initiative est de produire une compréhension approfondie et factuelle des facteurs qui limitent la rétention des patients dans les circuits de soins. Les données quantitatives permettront de mesurer l’ampleur du phénomène et de corréler les abandons avec des variables spécifiques (région, profil du patient, etc.). Les données qualitatives, quant à elles, donneront de la voix et du contexte à ces chiffres, révélant les « pourquoi » derrière les statistiques. Sur la base de cette analyse conjointe, Africa Synergy Group et ses partenaires élaboreront un plan d’action chiffré et adapté au contexte malien. Ce plan visera à :
- Améliorer l’adhérence thérapeutique des patients sous ARV.
- Renforcer les mécanismes de suivi et de rappel pour réduire le nombre de « perdus de vue ».
- Optimiser l’efficacité de la riposte nationale contre le VIH.
La réussite de cette phase de collecte marque une étape décisive vers l’identification de solutions durables pour améliorer la prise en charge des PVVIH au Mali et se rapprocher des objectifs nationaux et internationaux de lutte contre le sida.
Une équipe d’experts à la manœuvre
L’étude a été placée sous la direction scientifique de Dr Conrad TONOUKOIN, Consultant Lead, qui a supervisé l’ensemble de la mission. L’analyse des données quantitatives a été confiée à Vincent ETCHIN, Consultant Biostatisticien, tandis que l’exploration des dimensions humaines et sociales a été dirigée par Dr Bruno DOUSSOH, Consultant Sociologue. Cette triple expertise garantit une approche à la fois rigoureuse sur le plan statistique et profondément humaine.
Album photo disponible ici: http://urlr.me/wFtRdH




